retour english version

STEPHANE REMAEL

Les évaporés partent discrètement sans laisser de traces. Loin de leurs proches, débarrassés de leur passé, ils tentent de refaire leur vie ailleurs. Des dizaines de milliers de Japonais vivent aujourd’hui comme des ombres pour fuir l’endettement.
De nombreux salariés disparaissent après avoir été licenciés. Ils n’osent pas avouer leur échec à leur famille, et pendant des semaines, voire des mois, ils font mine d’aller au bureau, et passent leur journée à attendre au pied de leur ancien bureau.
Pendant neuf ans, Sho a aidé des Japonais à disparaître. Il témoigne de cette expérience de déménageur du soir dans Za Yonige-ya, « L’Agence de fugues ». Son livre lui vaut une reconnaissance publique. Sho affirme que « ses disparus » vivent heureux. « Les gens associent souvent les évaporations à de la lâcheté. En faisant ce travail, j’ai compris que c’était un comportement salutaire. »
Kamagasaki, à Osaka, est un quartier où échouent les précaires et les bannis de la société. Dans cette cité de non-retour, il est facile de converser son anonymat. Plusieurs milliers d’évaporés y vivent.
Tsuyoshi, 34 ans, mène l’enquête pour retrouver son frère Naoki, qui a pris le ferry en 2002 et n’est jamais revenu.
Après sa propre disparition, Kazukumi a fondé une agence secrète de fugues, qui a aidé plus d’une centaine d’hommes et de femmes à se dérober. Ses clients sont des célibataires, des salariés modèles, parfois même des familles entières.
Au Japon, il est possible de disparaître, à condition de vivre dans un monde parallèle. Les évaporés vivent comme des fantômes, dans un no man’s land administratif.  Ils perdent tous leurs droits. Pas de sécurité sociale. Pas non plus d’école pour leurs enfants.
Après leur disparition, la plupart des évaporés n’ont pas conscience d’être recherchés.
Ceux qui fuient pour des raisons financières ont peur d’être retrouvés. Ils modifient leur apparence, et portent souvent un masque.
En échec scolaire et après plusieurs séjours en prison, Masao, est parti pour ne plus faire honte à sa famille.
Phénomène ancien, les évaporations se sont développées dans les années 1990, après  l’éclatement de la bulle financière. Quelque soit l’importance de leur dette, les emprunteurs se suicidaient. Des familles entières se sont donné la mort et beaucoup se sont dit qu’il valait mieux continuer à vivre en changeant d’identité.
Un ancien mafieux a quitté les affaires et vit en paria dans une chambre de 5 mètres carrés.
Les familles des disparus n’ont aucun recours. Au Japon, un adulte a légalement le droit de disparaître. Quand quelqu’un disparaît, les Japonais disent simplement “shoganaï”: on n’y peut rien.
Akira accuse l'entreprise de son fils, disparu il y a 7 ans, de l’avoir poussé à bout.
La majorité des évaporés se cachent à Tokyo. Mais certains partent à la campagne, se mélangeant aux milliers de citadins au chômage et de déçus des villes-monstres venus repeupler les zones rurales.
Certains évaporés ont pensé au suicide. Ils ont préféré l’anonymat à la mort.  Le Japon est le pays qui compte le plus de suicides et de disparitions au monde.
Ce disparu a échoué à Sanya, un quartier de Tokyo, repère des petites gens, des criminels et des SDF. Selon les associations locales, 70 % des habitants de Sanya  seraient des évaporés.Comme beaucoup, il travaille comme journalier et vit
Les disparus fuient souvent les menaces des Yakusas, la mafia japonaise, qui tient de nombreuses sociétés indépendantes de crédit. Si les débiteurs ne remboursent pas à temps, les Yakuzas exercent des pressions, qui peuvent aller jusqu’au meurtre.
Les évaporés partent discrètement sans laisser de traces. Loin de leurs proches, débarrassés de leur passé, ils tentent de refaire leur vie ailleurs. Des dizaines de milliers de Japonais vivent aujourd’hui comme des ombres pour fuir l’endettement.
De nombreux salariés disparaissent après avoir été licenciés. Ils n’osent pas avouer leur échec à leur famille, et pendant des semaines, voire des mois, ils font mine d’aller au bureau, et passent leur journée à attendre au pied de leur ancien bureau.
Pendant neuf ans, Sho a aidé des Japonais à disparaître. Il témoigne de cette expérience de déménageur du soir dans Za Yonige-ya, « L’Agence de fugues ». Son livre lui vaut une reconnaissance publique. Sho affirme que « ses disparus » vivent heureux. « Les gens associent souvent les évaporations à de la lâcheté. En faisant ce travail, j’ai compris que c’était un comportement salutaire. »
Kamagasaki, à Osaka, est un quartier où échouent les précaires et les bannis de la société. Dans cette cité de non-retour, il est facile de converser son anonymat. Plusieurs milliers d’évaporés y vivent.
Tsuyoshi, 34 ans, mène l’enquête pour retrouver son frère Naoki, qui a pris le ferry en 2002 et n’est jamais revenu.
Après sa propre disparition, Kazukumi a fondé une agence secrète de fugues, qui a aidé plus d’une centaine d’hommes et de femmes à se dérober. Ses clients sont des célibataires, des salariés modèles, parfois même des familles entières.
Au Japon, il est possible de disparaître, à condition de vivre dans un monde parallèle. Les évaporés vivent comme des fantômes, dans un no man’s land administratif. Ils perdent tous leurs droits. Pas de sécurité sociale. Pas non plus d’école pour leurs enfants.
Après leur disparition, la plupart des évaporés n’ont pas conscience d’être recherchés.
Ceux qui fuient pour des raisons financières ont peur d’être retrouvés. Ils modifient leur apparence, et portent souvent un masque.
En échec scolaire et après plusieurs séjours en prison, Masao, est parti pour ne plus faire honte à sa famille.
Phénomène ancien, les évaporations se sont développées dans les années 1990, après l’éclatement de la bulle financière. Quelque soit l’importance de leur dette, les emprunteurs se suicidaient. Des familles entières se sont donné la mort et beaucoup se sont dit qu’il valait mieux continuer à vivre en changeant d’identité.
Un ancien mafieux a quitté les affaires et vit en paria dans une chambre de 5 mètres carrés.
Les familles des disparus n’ont aucun recours. Au Japon, un adulte a légalement le droit de disparaître. Quand quelqu’un disparaît, les Japonais disent simplement “shoganaï”: on n’y peut rien.
Akira accuse l'entreprise de son fils, disparu il y a 7 ans, de l’avoir poussé à bout.
La majorité des évaporés se cachent à Tokyo. Mais certains partent à la campagne, se mélangeant aux milliers de citadins au chômage et de déçus des villes-monstres venus repeupler les zones rurales.
Certains évaporés ont pensé au suicide. Ils ont préféré l’anonymat à la mort. Le Japon est le pays qui compte le plus de suicides et de disparitions au monde.
Ce disparu a échoué à Sanya, un quartier de Tokyo, repère des petites gens, des criminels et des SDF. Selon les associations locales, 70 % des habitants de Sanya seraient des évaporés.Comme beaucoup, il travaille comme journalier et vit "giri-giri": à la limite des conditions d’existence.
Les disparus fuient souvent les menaces des Yakusas, la mafia japonaise, qui tient de nombreuses sociétés indépendantes de crédit. Si les débiteurs ne remboursent pas à temps, les Yakuzas exercent des pressions, qui peuvent aller jusqu’au meurtre.