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STEPHANE REMAEL

Les enlèvements de femmes, tradition caucasienne ancestrale, sont toujours pratiqués au nord-ouest de la Géorgie. Dans la région montagneuse de Svanétie, près d’une femme sur trois à été kidnappée par son futur mari.
Nata reste traumatisée par son enlèvement, il y a dix ans : « Le frère de mon « mari » me criait : tu couches avec lui ou on t’attache au lit. Et mon « mari » a commencé à me violer. Je suis tombée dans les pommes. » Nata ne connaissait pas son violeur, Lui l’avait vue lors d’une fête, il avait eu le coup de foudre. Beaucoup « prennent femme » au sens propre, avec violence et souvent devant témoins.
Les ravisseurs cachent leurs victimes dans les maisons traditionnelles du village, des tours du 11 ème siècle, remparts des montagnards contres les envahisseurs et les avalanches.
Chorena, 38 ans, est enlevée quelques jours avant son mariage avec l’homme qu’elle aimait. Après s’être enfuie, elle retourne vivre chez ses parents. Mais le poids des traditions est trop lourd : une femme enlevée est impure. Sans espoir de trouver un autre homme, Chorena finit par accepter son ravisseur.
Après son enlèvement, Chorena n’a plus de nouvelles de l’amoureux qu’elle devait épouser.  Elle vit avec la nostalgie du seul homme qu’elle ait aimé.
Tamar, 48 ans, infirmière, enlevée par un ancien patient qu’elle avait soigné une fois à l’hôpital.  Elle aussi devait se marier avec son amoureux avant d’être kidnappée. Son ravisseur l’oblige à signer un papier attestant qu’elle accepte leur union.
Tamar : « Je n’aime pas mon mari. Mais je me suis habituée à lui. J’ai commencé à supporter ma vie le jour où j’ai eu des enfants. Ils m’aident à tenir ».
Ana, 39 ans, ethnologue, kidnappée il y a 7 ans par le directeur de l’école du village. Elle réussit à s’échapper et dénonce son ravisseur. Étrangement, il n’a pas été condamné. Les familles se sont réconciliées en prêtant serment devant les icônes.
Dans sa fuite, Ana abandonne un sac et ses chaussures. Aujourd’hui, elle reste célibataire, et refuse toute relation. Cette affranchie est marginalisée par les autres femmes du village.
Lili, 33 ans, éducatrice pour enfants, enlevée il y a 6 ans. Son ravisseur, un pompier de vingt ans de plus qu’elle, la repère dans le village.
Cloîtrée pendant une semaine, Lili tente de se couper les veines.
Dato Ratiani, 45 ans, garde-frontière, a participé à huit enlèvements, dont celui de Chorena. « Dès qu’un habitant voulait enlever une femme, il m’appelait car j’étais le seul du village à avoir une voiture. On partait à plusieurs avec des armes». Très attaché à ses montagnes et à sa maison en pierre, le garde-frontière voit les rapts comme une manière de lutter contre l’exode rural. « Plus personne ne veut venir ici, déplore-t-il. On vit bien, il y a beaucoup d’animaux et de terrain, mais la vie est dure. Les femmes préfèrent aller à la ville ».
Dans cette région traditionnellement virile et machiste, qui compta longtemps plus d’armes que d’habitants, un homme éconduit perd son honneur. Pour éviter de perdre la face, il préfère kidnapper sa femme.
Bidjira Chedania, chef de la police du département : « A la chute de l’Union soviétique, la Svanétie est devenue une région dangereuse. Une autre loi régnait sur les montagnes : celles des bandits, des pilleurs et des clans. Les enlèvements étaient déjà punis par l’article 143 du code pénal. Mais il était très rare que les familles appellent la police. Elles s’arrangeaient entre elles pour éviter d’envoyer quelqu’un en prison ».
Gotcha Tchelidze, gouverneur de Svanétie. Le représentant de l’Etat a lui aussi enlevé sa femme. « C’est une pratique un peu barbare, mais c’est dans la tradition chevaleresque de nos montagnes ».
Jusqu’au milieu des années 2000, les rapts de femmes étaient banals dans ces montagnes reculées. L’Etat de droit se met progressivement en place depuis que le président géorgien Mikheïl Saakashvili a chassé les criminels et fait appliquer la loi.
Ina, 45 ans,  professeur de mathématique, et sa fille. Ina a été kidnappée par un homme divorcé, déjà père de famille. Ils ont ensuite eu deux enfants. « Je me tuerais plutôt que ma fille se fasse enlevée ».
Zaza, 39 ans, professeur de chant et danse. Tamar, 26 ans, étudiante.
Ce couple s’aimait. Mais leurs familles s’opposaient à leur union. Pour contourner le refus, les amoureux ont simulé un enlèvement. Devant le fait accompli, les parents sont forcés d’accepter le mariage.
Aujourd’hui, les jeunes couples tirent parti de la coutume. Ils imitent un rapt quand les familles s’opposent à leur union. Le garçon cache sa dulcinée, avec son consentement. Celle-ci téléphone à ses parents en simulant un grand désarroi. Elle est impure, ils doivent accepter qu’elle se marie.
Nana, 27 ans, et ses sœurs Keti 22 ans, enceinte 8 mois, et Maia 23 ans. Filles d’une Svane enlevée; elles représentent la rupture dans la tradition. Pour cette nouvelle génération émancipée, les kidnappings sont inacceptables.
La nouvelle génération de femmes ne se marie que lorsqu’elle rencontre le prince charmant. Dans ces montagnes très pratiquantes, les jeunes païennes gardent religieusement leur virginité jusqu’aux noces.
Les enlèvements de femmes, tradition caucasienne ancestrale, sont toujours pratiqués au nord-ouest de la Géorgie. Dans la région montagneuse de Svanétie, près d’une femme sur trois à été kidnappée par son futur mari.
Nata reste traumatisée par son enlèvement, il y a dix ans : « Le frère de mon « mari » me criait : tu couches avec lui ou on t’attache au lit. Et mon « mari » a commencé à me violer. Je suis tombée dans les pommes. » Nata ne connaissait pas son violeur, Lui l’avait vue lors d’une fête, il avait eu le coup de foudre. Beaucoup « prennent femme » au sens propre, avec violence et souvent devant témoins.
Les ravisseurs cachent leurs victimes dans les maisons traditionnelles du village, des tours du 11 ème siècle, remparts des montagnards contres les envahisseurs et les avalanches.
Chorena, 38 ans, est enlevée quelques jours avant son mariage avec l’homme qu’elle aimait. Après s’être enfuie, elle retourne vivre chez ses parents. Mais le poids des traditions est trop lourd : une femme enlevée est impure. Sans espoir de trouver un autre homme, Chorena finit par accepter son ravisseur.
Après son enlèvement, Chorena n’a plus de nouvelles de l’amoureux qu’elle devait épouser. Elle vit avec la nostalgie du seul homme qu’elle ait aimé.
Tamar, 48 ans, infirmière, enlevée par un ancien patient qu’elle avait soigné une fois à l’hôpital. Elle aussi devait se marier avec son amoureux avant d’être kidnappée. Son ravisseur l’oblige à signer un papier attestant qu’elle accepte leur union.
Tamar : « Je n’aime pas mon mari. Mais je me suis habituée à lui. J’ai commencé à supporter ma vie le jour où j’ai eu des enfants. Ils m’aident à tenir ».
Ana, 39 ans, ethnologue, kidnappée il y a 7 ans par le directeur de l’école du village. Elle réussit à s’échapper et dénonce son ravisseur. Étrangement, il n’a pas été condamné. Les familles se sont réconciliées en prêtant serment devant les icônes.
Dans sa fuite, Ana abandonne un sac et ses chaussures. Aujourd’hui, elle reste célibataire, et refuse toute relation. Cette affranchie est marginalisée par les autres femmes du village.
Lili, 33 ans, éducatrice pour enfants, enlevée il y a 6 ans. Son ravisseur, un pompier de vingt ans de plus qu’elle, la repère dans le village.
Cloîtrée pendant une semaine, Lili tente de se couper les veines. "Je suis restée parce que j’avais peur de déclencher une guerre des clans. Mes parents ont insisté pour que je respecte la tradition".
Dato Ratiani, 45 ans, garde-frontière, a participé à huit enlèvements, dont celui de Chorena. « Dès qu’un habitant voulait enlever une femme, il m’appelait car j’étais le seul du village à avoir une voiture. On partait à plusieurs avec des armes». Très attaché à ses montagnes et à sa maison en pierre, le garde-frontière voit les rapts comme une manière de lutter contre l’exode rural. « Plus personne ne veut venir ici, déplore-t-il. On vit bien, il y a beaucoup d’animaux et de terrain, mais la vie est dure. Les femmes préfèrent aller à la ville ».
Dans cette région traditionnellement virile et machiste, qui compta longtemps plus d’armes que d’habitants, un homme éconduit perd son honneur. Pour éviter de perdre la face, il préfère kidnapper sa femme.
Bidjira Chedania, chef de la police du département : « A la chute de l’Union soviétique, la Svanétie est devenue une région dangereuse. Une autre loi régnait sur les montagnes : celles des bandits, des pilleurs et des clans. Les enlèvements étaient déjà punis par l’article 143 du code pénal. Mais il était très rare que les familles appellent la police. Elles s’arrangeaient entre elles pour éviter d’envoyer quelqu’un en prison ».
Gotcha Tchelidze, gouverneur de Svanétie. Le représentant de l’Etat a lui aussi enlevé sa femme. « C’est une pratique un peu barbare, mais c’est dans la tradition chevaleresque de nos montagnes ».
Jusqu’au milieu des années 2000, les rapts de femmes étaient banals dans ces montagnes reculées. L’Etat de droit se met progressivement en place depuis que le président géorgien Mikheïl Saakashvili a chassé les criminels et fait appliquer la loi.
Ina, 45 ans, professeur de mathématique, et sa fille. Ina a été kidnappée par un homme divorcé, déjà père de famille. Ils ont ensuite eu deux enfants. « Je me tuerais plutôt que ma fille se fasse enlevée ».
" Il m’attendait à la sortie du travail avec ses cousins. Ils m’ont projetée violemment dans la jeep et sont partis en trombe. Ma vie a basculée en 5 secondes".
Zaza, 39 ans, professeur de chant et danse. Tamar, 26 ans, étudiante. Ce couple s’aimait. Mais leurs familles s’opposaient à leur union. Pour contourner le refus, les amoureux ont simulé un enlèvement. Devant le fait accompli, les parents sont forcés d’accepter le mariage.
Aujourd’hui, les jeunes couples tirent parti de la coutume. Ils imitent un rapt quand les familles s’opposent à leur union. Le garçon cache sa dulcinée, avec son consentement. Celle-ci téléphone à ses parents en simulant un grand désarroi. Elle est impure, ils doivent accepter qu’elle se marie.
Nana, 27 ans, et ses sœurs Keti 22 ans, enceinte 8 mois, et Maia 23 ans. Filles d’une Svane enlevée; elles représentent la rupture dans la tradition. Pour cette nouvelle génération émancipée, les kidnappings sont inacceptables.
La nouvelle génération de femmes ne se marie que lorsqu’elle rencontre le prince charmant. Dans ces montagnes très pratiquantes, les jeunes païennes gardent religieusement leur virginité jusqu’aux noces.