San Pedro, prison de La Paz
Dans les ruelles animées, les cris des marchands accompagnent l'incessant va-et-vient de femmes encombrées de lourds paquets, d'hommes pressés et d'enfants jouant. Pourtant San Pedro n'est pas une ville, mais bien la prison de La Paz, située en plein centre de la capitale. L'ancien couvent réaménagé pour accueillir 600 personnes confine aujourd'hui 1 200 hommes, femmes et enfants. Lorsqu'un père entre en prison, il emmène généralement avec lui ses enfants que la mère ne peut pas élever seule. Les deux cents enfants ont rarement la possibilité de suivre une scolarité à l'extérieur. D'autres couples naissent aussi en prison où les femmes sont admises pour la nuit.
Ici, les conditions sordides de détention sont très éloignées des normes internationales et témoignent des exactions d'un système corrompu.
Dans l'enceinte, la vie s'est organisée. On trouve des cellules magasin, des espaces restaurant, des salles télévision et un mini-terrain de foot, tous gérés par les détenus. C'est la loi du plus riche qui règne. La répartition par cellule n'est pas faite en fonction des délits ou des peines. Qu'ils soient escrocs, violeurs, tueurs, narcotrafiquants ou prisonniers politiques, tous les détenus sont mélangés. Seul le pouvoir d'achat répartit les individus. Les trafiquants de drogue peuvent acheter les cellules équipées luxueusement, dans les quartiers les plus sûrs. Ceux qui ne disposent pas d'argent se voient contraints de dormir à plusieurs dans les cuisines ou pire, dans les couloirs où la température est souvent sous zéro pendant la nuit. Les offres de vente sont affichées sur les murs et permettent de connaître le marché de l'immobilier de la prison. Ce système est interdit par la loi, il est pourtant toléré par les autorités de la prison, dont le silence est acheté.
Ce sont les failles d'un système privatisé, laissé sous le contrôle des détenus. L'Etat ne répond à aucun besoin. Il ne surveille pas, ne protège pas, ne soigne pas et nourrit mal. Le budget annuel de la prison ne suffit pas pour payer la nourriture déplorable des détenus. Sans aide extérieure, la plupart cherchent un travail dans un des commerces de la prison ou trafiquent pour pouvoir survivre. Les drogues se vendent moins cher qu'à l'extérieur et les accrocs sont prêts à tout pour une dose. La prostitution, féminine comme masculine, s'est également développée.
Les juges sont corrompus, les avocats incompétents et escroquent les familles des détenus.
La vie à San Pedro est le reflet de la société Bolivienne où une infime minorité jouit des richesses du pays. La prison n'est qu'un instrument punitif, sans projet de réinsertion. Après leur libération, peu d'avenir pour la majorité des détenus, qui retrouveront la misère d'avant. La plupart ont mis à profit leurs relations pour trouver des filières qui leur permettront de ne plus être pris.
Octobre 2002.














