Palmasola, prison de femmes
Palmasola est un village derrière un grillage. Les quatre cents détenues circulent librement dans les ruelles animées par les cris des marchands, les jeux d'enfants et les rares visites d'hommes. Elles vivent avec leurs jeunes enfants que les pères, absents ou trop pauvres, ne peuvent élever à l'extérieur.
Dans la prison de femmes de Santa Cruz, la vie s'est organisée. On trouve des cellules-magasins, des espaces restaurants, des salles télévision et un lavoir collectif, tous gérés par les détenues. La répartition n'est pas faite en fonction des délits ni des peines, seul compte le pouvoir d'achat. Chacune a dû acheter une cellule et un droit d'entrée suivant ses possibilités financières. Ce système est interdit par la loi, il est pourtant toléré par les autorités de la prison, dont le silence est acheté.
Ici, c'est surtout la loi du plus riche qui règne. Depuis deux ans, le marché de l'immobilier est en crise car la population a diminué. Bien qu'elles restent chères (entre 250 et 2500 dollars), les cellules ont perdu 30 % de leur valeur initiale. Les plus riches habitent des cellules spacieuses, dans le secteur le plus sûr tandis que les plus pauvres dorment avec leurs enfants dans des cellules insalubres. Il existe pourtant une certaine solidarité entre mères, notamment pour la garde des enfants.
Des détenues tombent enceintes pendant leur incarcération. Pour certaines, dans l'espoir d'avoir une remise de peine. Elles accouchent dans un dispensaire en ville où elles ne restent que trois jours, escortées par deux gardes.
Le budget annuel des prisons Boliviennes ne couvre même pas une nourriture déplorable. Des calmants et des contraceptifs sont ajoutés aux repas. L'eau rend malade et l'assistance médicale est totalement insuffisante. Sans aides extérieures, la plupart des femmes cherchent un travail dans un des rares commerces de la prison ou trafiquent pour pouvoir survivre. L'alcool et les drogues, moins chères qu'à l'extérieur, font des ravages.
Ce sont les failles d'un système privatisé, laissé sous le contrôle des détenus. L'Etat ne répond à aucun besoin, il ne surveille pas et ne protége pas. Selon toute vraisemblance, des détenues sont brutalisées pendant l'interrogatoire de police. Les juges sont corrompus, les avocats incompétents et escroquent les familles des détenues.
La vie à Palmasola est le reflet de la société Bolivienne où une infime minorité de la population jouit des richesses du pays. La prison n'est qu'un instrument punitif, sans projet de réinsertion. Après leur libération, certaines pensent réintégrer leur travail, d'autres ont suivi une formation et espèrent trouver un emploi dans l'artisanat, la plupart ont mis à profit leurs relations pour trouver des filières qui leur permettront de ne plus être prises.
Octobre 2002









